Toute 1re fois - Angélique Kidjo

SacemMag #117

Première chanteuse africaine à décrocher une étoile sur le prestigieux Hollywood Walk of Fame, Angélique Kidjo est mondialement connue pour son mélange unique de musiques traditionnelles africaines et de jazz, de funk ou de pop. Pour le SacemMag, elle s’est prêtée au jeu du questionnaire « Toute 1re fois ».


© Brantley Guttierrez

Vous souvenez-vous de :

Votre premier contact avec la musique ?
Angélique Kidjo
- Je crois que j’étais encore dans le ventre de ma mère, Esther Kpassa. Elle était chanteuse et m’a transmis son amour de la musique. Résultat, selon mon père, je chantais avant même de parler. C’est à 6 ans que j’ai compris que la musique serait ma vie. J’ai remplacé au pied levé une autre petite fille au Palais des congrès de Cotonou chez moi, au Bénin. On m’a poussée sur scène avec un costume, qu’est-ce que je tremblais ! J’étais éblouie par la lumière mais j’ai chanté, en imaginant que je le faisais à la maison. La standing ovation à la fin de ma prestation m’a totalement grisée.

La première fois que vous vous êtes entendue à la radio ?
AK - J’ai toujours été une grande admiratrice de Miriam Makeba, au point d’adapter, à mes débuts, sa chanson « Les trois Z » pour la radio nationale béninoise. Cela m’a permis de me faire un nom. Quand j’ai entendu ma voix pour la première fois, elle me paraissait irréelle.

Votre première fois en studio ?
AK - Mon père a rencontré le producteur camerounais Ekambi Brillant lors d’un de ses concerts à Cotonou. Il a voulu travailler avec moi. J’ai alors utilisé mon prêt étudiant pour enregistrer mon premier disque, Pretty. Je n’ai eu qu’une seule journée pour poser toutes les voix, y compris les chœurs. Je suis entrée au studio à 8 heures du matin et je n’ai pas arrêté ! Le soir, j’étais épuisée, mes cordes vocales me brûlaient. Mais lorsque j’ai eu mon disque pour la première fois entre les mains, mon cœur battait à 100 à l’heure. J’avais mis toutes mes tripes dans cet album. Le découvrir pour la première fois a été un moment extraordinaire.

Votre premier voyage aux États-Unis ?
AK - C’était après mon album Logozo en 1992. Je suis arrivée à Miami, les rues étaient immenses, les gens allaient et venaient dans tous les sens. Je logeais chez Joe Galdo, le producteur de l’album, et je me souviens surtout d’une chose : les gros paquets de donuts étalés sur les tables dans le studio ! Mais le souvenir le plus fort reste ma première nomination aux Grammy Awards, en 1994. J’étais nommée pour la vidéo de ma chanson « Agolo », aux côtés des Rolling Stones ou des Pet Shop Boys ! Je me disais : « Mais qu’est-ce que je fais ici, les Grammy sont complètement fous. » Rien ne les obligeait à s’ouvrir à ma musique, et cela a été très encourageant. Je me disais que cela montrait l’exemple : sans culture, un pays s’écroule.

La première fois que vous avez touché de l’argent de la Sacem ?
AK - Je suis arrivée à Paris à l’âge de 23 ans pour fuir la dictature communiste au Bénin. En arrivant, l’une des premières choses que j’ai faites, c’est aller à la Sacem pour m’inscrire comme membre. On m’a montré comment faire mes dépôts d’œuvres correctement. La première fois que j’ai reçu mes droits d’auteur, c’était une consécration, car j’ai toujours eu conscience des sacrifices que ma famille a faits pour ma carrière. À l’époque, je n’avais pas les moyens de me payer des cours, de me nourrir et de m’habiller correctement. Ce premier chèque de la Sacem a tout bouleversé : j’habitais avec mon frère, j’ai pu payer le loyer et m’inscrire à une école de chant.

Votre premier concert ?
AK - Mes frères avaient un groupe et à la maison, tout était très musical. En grandissant, j’ai compris ce qu’était une basse, une guitare. Lorsque j’allais les voir en concert, je me disais : « Pourquoi les gens viennent et payent pour les écouter ? Moi, je le fais gratuitement à la maison ! » Leur expérience musicale m’a inspirée, mais c’est aussi ma curiosité qui a nourri mon envie de musique : je voulais comprendre comment tous ces instruments fonctionnaient ensemble.

Angèle Chatelier

Publié le 27 janvier 2026