« C’est parfois dur de dire des choses intimes, mais avec le temps, la pudeur s'éloigne. »

© Patrick Wack
Aussi élégant que sa musique, avec sa chic moustache et ses vêtements toujours bien taillés, le chanteur du groupe Feu ! Chatterton – également auteur et compositeur – fait rimer poésie, recherche littéraire et musique pop.
21 février 2024, marches du Panthéon, Arthur Teboul et son groupe Feu ! Chatterton interprètent « L'affiche rouge », poème d'Aragon mis en musique par Léo Ferré, à l'occasion de l'entrée dans le temple républicain des résistants Missak et Mélinée Manouchian. Un moment suspendu, unanimement salué, marqué par la présence et l'émotion d'Arthur Teboul. Bien avant la musique, c'est autour de la poésie, au lycée Louis-Le-Grand, que l'amitié entre Arthur et les autres membres se scelle. En témoigne le nom de leur groupe, hommage au poète anglais Thomas Chatterton suicidé à 17 ans. Au même âge, Arthur Teboul a la drôle d'habitude de s'approcher des gens en soirée pour leur murmurer un texte de son cru au creux de l'oreille. Il partage avec Ferré l'amour pour Aragon, mais aussi Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire ou Éluard.
Pour autant, Arthur Teboul concède qu'en 4 albums avec Feu ! Chatterton, un livre, un duo piano-voix avec Baptiste Trotignon et de nombreux concerts dans des lieux aussi symboliques que le musée du Louvre, son style a évolué. Habitué des métaphores lyriques et baroques, il décrit Labyrinthe, le nouveau disque enregistré avec son groupe, comme un album « plus vif et brut », à l'image de sa pochette photographiée par le talentueux Fifou, spécialiste de l'imagerie du rap français. « Je me suis rendu compte, reconnaît Arthur Teboul, que cette manière d'écrire un peu évanescente ou abstraite était aussi une forme de pudeur. C'est parfois dur de dire des choses intimes de manière directe, mais, avec le temps, cette pudeur s'éloigne. »
La littérature lui est pour autant toujours aussi essentielle que la chanson et le rock. Pour son premier livre, Le déversoir (Seghers, 2023), il emprunte au surréaliste André Breton son principe d'écriture automatique et publie un recueil de textes courts qu'il appelle « poèmes minute », en souhaitant qu'un jour « on aille chez le poète comme on va chez le coiffeur » ! L'époque va peut-être lui donner raison tant on observe un fort regain d'intérêt pour la poésie.
Publié le 21 novembre 2025