Entrée des artistes - Rebeka Warrior, autrice, compositrice

SacemMag #117

« L'art, les mélodies, la poésie servent à redonner un peu d'espoir à ce monde. »

Photo Rebeka Warrior, autrice, compositrice - Entrée des artistes - SacemMag #117
© Marie Rouge

 

De l’électro punk de Sexy Sushi à la cold wave fracassante de Kompromat, en passant par la poésie queer de Mansfield. TYA, Rebeka Warrior s’est forgé une plume aussi douce que tranchante.

« Pour moi l'art, les mélodies, la poésie servent à se rassembler et à redonner un peu d'espoir face à un monde beaucoup trop violent et triste. » Si Rebeka Warrior a un rapport solitaire à l’écriture, sa créativité semble stimulée dans l’altérité, en duo ou au sein de son label. C’est d’ailleurs en plein COVID qu’elle a créé Warriorecords, pour défendre « les expérimentations sonores de qualité » et les personnes marginalisées dans l’industrie du disque.

Son ami Vitalic, avec qui elle forme le duo Kompromat, parle du côté liturgique de ses mélodies aux harmonies parfois étranges. Ce projet est né dans un moment de grande tristesse dont la catharsis a pris la forme d’un premier album presque intégralement chanté en allemand. « Apprendre une nouvelle langue m’a permis de changer mes automatismes et de moins souffrir. Je considère que les langues sont à une chanteuse ce que les instruments de musique sont à un compositeur. »

« Le soir je mangeais des "pâtes aux larmes". C'était si triste, mais c'est comme ça que, réellement, je salais mes pâtes. » C’est une des phrases poignantes de Toutes les vies (Stock, 2025), son premier roman où elle raconte la maladie et la mort de sa compagne, Pauline. « Ça fait 20 ans que je peaufine ma façon d'écrire. J'ai adopté un style qui me convient bien, assez resserré, direct, où j'enlève tous les mots qui ne sont pas nécessaires. » Souvent secs, parfois rudes, ses haïkus punk évoquent aussi la poésie surréaliste.

Aujourd’hui, la chanteuse pratique la méditation Zazen et a même été ordonnée bodhisattva en mai 2022. Moine bouddhiste et guerrière punk : un contraste assumé sur scène avec Kompromat où elle impressionne en maîtresse de cérémonie vêtue d'un grand manteau de cuir. « C'est un projet de niche et assez noir. Il manquait peut-être un groupe comme ça qui fasse des messes païennes pour qu’on puisse tous se retrouver pour pleurer et danser en même temps. »

 

 

 

 

Publié le 21 novembre 2025